Beaucoup de traders pensent que le fisc ne s'intéresse qu'aux gros patrimoines. C'est faux. Sur une activité non déclarée, l'administration peut remonter 10 ans en arrière. Et la note se construit en trois couches qui s'additionnent : l'impôt que tu devais payer, un intérêt de retard (une sorte de « loyer » que l'État te réclame pour l'argent versé trop tard), puis une majoration (une pénalité qui peut presque doubler la facture).
Et le vrai piège, en trading et surtout en prop firm, n'est pas l'impôt sur les gains. C'est d'oublier de déclarer un compte ouvert à l'étranger. Voici le détail des montants, article par article du Code général des impôts (CGI), le texte qui fixe les règles fiscales en France.
Deux obligations distinctes (et deux amendes différentes)
Quand tu trades ou que tu touches des payouts (les versements de bénéfices) d'une prop firm — une société qui te confie son capital pour trader — tu as deux choses séparées à déclarer. On les confond tout le temps :
- Tes gains. Les plus-values de trading (taxées en général à la « flat tax » de 30 %, soit 30 € d'impôt pour 100 € de gain) ou les payouts de prop firm, traités en BNC — bénéfices non commerciaux, comprenez : la rémunération d'un service que tu rends, et non un gain de placement.
- Tes comptes à l'étranger. Le formulaire 3916 / 3916-bis, à remplir chaque année pour chaque compte ouvert hors de France : compte chez un courtier (IBKR, Trade Republic…), sur une plateforme de payout, ou sur un exchange crypto (Binance, Kraken…). Cette obligation existe même si le compte n'a rapporté aucun gain. C'est une simple obligation de signalement : tu déclares l'existence du compte, pas son contenu.
Image simple : c'est comme prévenir la mairie que tu as une piscine. Peu importe que tu t'y baignes ou non — la déclaration est due du seul fait qu'elle existe.
Le barème des sanctions (vérifié dans le CGI)
1. L'intérêt de retard. Il s'applique systématiquement à tout impôt payé en retard : 0,20 % par mois, soit 2,4 % par an (article 1727 du CGI). Bonne nouvelle : il est réduit de moitié si tu régularises de toi-même, avant que le fisc ne te relance.
2. Le défaut de déclaration. Si tu n'as rien déposé du tout (article 1728 du CGI) : +10 % si tu répares vite (spontanément, ou dans les 30 jours suivant une mise en demeure), +40 % si tu ne bouges pas après cette mise en demeure, et +80 % en cas d'activité occulte — comprenez : une activité habituelle et organisée, jamais signalée au fisc, comme un trading régulier non déclaré.
3. L'omission ou l'inexactitude. Si tu as bien déclaré, mais « oublié » une partie (article 1729 du CGI) : +40 % pour manquement délibéré (un oubli volontaire), +80 % en cas de manœuvres frauduleuses (un montage destiné à tromper l'administration).
4. Le compte à l'étranger non déclaré — LE piège prop firm. 1 500 € par compte non déclaré (article 1736, IV du CGI), porté à 10 000 € par compte si le compte se trouve dans un pays sans accord d'échange d'informations avec la France. Et c'est par an et par compte. Autrement dit, l'addition grimpe très vite avec le temps. Selon le CGI, cette amende s'applique indépendamment de l'impôt éventuellement dû.
5. Les comptes crypto à l'étranger. 750 € par portefeuille non déclaré (article 1736, X du CGI), porté à 1 500 € si la valeur dépasse 50 000 € à un moment de l'année.
6. Le pénal, quand ça devient de la fraude fiscale. Jusqu'à 500 000 € d'amende et 5 ans de prison (article 1741 du CGI). Et si la fraude s'appuie sur des comptes ouverts à l'étranger — le cas classique des payouts prop firm — les peines montent à 3 000 000 € et 7 ans.
Trois cas concrets
Cas 1 — « J'ai déclaré mes gains, mais j'ai zappé le 3916. » Julie trade sur un compte Interactive Brokers (Irlande) et reçoit ses payouts d'une prop firm sur une plateforme étrangère. Elle déclare bien ses revenus… mais oublie de signaler les comptes étrangers. Deux comptes non déclarés = 2 × 1 500 € = 3 000 € d'amende (article 1736 IV), même si elle est parfaitement à jour sur l'impôt. L'amende ne dépend pas du gain : elle tombe dès l'oubli de déclaration.
Cas 2 — « Je n'ai rien déclaré du tout. » Karim touche environ 8 000 € de payouts prop firm par an pendant 3 ans, sans jamais rien déclarer. Le fisc requalifie l'activité en activité occulte : il remonte sur 10 ans, applique l'impôt dû sur les 24 000 €, une majoration de 80 % (article 1728), plus l'intérêt de retard (article 1727). Sur, mettons, 5 000 € d'impôt éludé, la majoration seule ajoute 4 000 € — avant même l'intérêt.
Cas 3 — « Mes payouts arrivent en USDT sur Binance. » Idriss se fait payer en stablecoin (une crypto indexée sur le dollar) sur un exchange étranger. Il cumule deux oublis : la plus-value crypto au moment de convertir en euros (à déclarer), et le compte d'actifs numériques à l'étranger (3916-bis). Le portefeuille non déclaré, c'est 750 € (article 1736 X) ; au-delà de 50 000 €, 1 500 €. À quoi s'ajoutent les sanctions sur la plus-value non déclarée.
Le réflexe qui sauve : la régularisation spontanée
Si tu réalises que tu as oublié quelque chose, n'attends pas que le fisc t'écrive. En régularisant de toi-même, avant toute mise en demeure ou contrôle, l'intérêt de retard est réduit de 50 % (article 1727, V) et la majoration reste au plancher (10 %, voire écartée). L'écart entre « je corrige tout seul » et « le fisc me rattrape » se chiffre vite en milliers d'euros.
Côté organisation, garder une trace claire de chaque compte, de chaque versement et de chaque conversion est un vrai réflexe de trader sérieux. Un journal de trading bien tenu — comme celui de l'espace membre JARVIS, qui associe captures, résultat et mini-test de discipline — sert aussi, indirectement, à reconstituer proprement une année fiscale. Et pour comprendre en profondeur les rouages d'une activité de trading structurée, la formation JARVIS Method propose un parcours complet, du cadre technique à la gestion administrative.
Ce qu'il faut retenir
- Deux déclarations, pas une. Tes gains d'un côté, l'existence de tes comptes étrangers de l'autre. Oublier la seconde coûte cher même quand la première est parfaite.
- Les amendes sont fixes et cumulatives. 1 500 € par compte étranger non déclaré et par an, 750 € par portefeuille crypto non déclaré : cela ne dépend pas des gains.
- La régularisation spontanée allège vraiment la note. Intérêt de retard divisé par deux, majoration minimale.
- Le pénal arrive vite quand la fraude s'appuie sur des comptes à l'étranger.
Pour aller plus loin sur ton cadre global — courtiers, prop firms, délais de retrait, hygiène de vie du trader —, les annuaires comparatifs et le hub « Mon Trading » de JARVIS Institut complètent utilement la partie fiscale. Et pour suivre l'actualité économique qui influence les marchés, le blog et les « Lectures JARVIS » sont mis à jour chaque jour.
Informations indicatives (France, à jour au 11 septembre 2026) — ce n'est pas un conseil fiscal. Les articles 1727, 1736 et 1741 du CGI font l'objet d'une recodification en cours (numéros susceptibles d'évoluer en 2026-2027). Pour ta situation précise, consulte un expert-comptable.
Contenu pédagogique. Le trading et les prop firms comportent un risque de perte en capital. Ceci n'est pas un conseil en investissement.