Tu viens de recevoir ton premier virement d'une prop firm (une société qui met son capital à la disposition de traders testés et validés) et tu te demandes comment déclarer cette somme ? Première chose à comprendre : oublie le cadre de la bourse classique. Ici, tu ne passes pas des ordres sur ton compte personnel. Tu réussis des évaluations, tu respectes un plan de gestion du risque strict, et la société te reverse une part des profits que tu as générés. Juridiquement, ce n'est pas une plus-value boursière (un gain réalisé à la revente d'un titre), mais la rémunération d'une prestation. Tu factures un service, exactement comme un consultant indépendant.
Cette distinction change tout pour tes impôts. En tant que particulier, ces sommes relèvent généralement des Bénéfices Non Commerciaux (BNC), la catégorie des revenus issus d'une activité libérale ou de services. La flat tax à 30 % (le prélèvement forfaitaire unique qui s'applique aux revenus du capital comme les dividendes ou les plus-values) ne s'applique pas par défaut à ces revenus d'activité. Concrètement, sur 100 € perçus, le calcul n'est pas le même que pour des gains boursiers personnels. Quand tes gains prennent de l'ampleur, structurer ton activité devient une question clé pour optimiser ta fiscalité et sécuriser ton quotidien. Pour t'aider à y voir clair, ce guide te présente les options qui s'offrent à toi, leurs avantages et leurs limites.
Avant d'entrer dans le vif, posons une vérité qui dérange : la plupart des débutants qui se posent la question de la structure le font au mauvais moment. On ne crée pas une société parce qu'on a réussi une évaluation, on la crée quand les revenus sont réguliers, prévisibles et suffisamment élevés pour que la complexité administrative soit rentable. Le statut ne rend personne meilleur trader. Il organise ce qui existe déjà. C'est un avis pédagogique, pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé.
Option 1 : Rester en entreprise individuelle ou micro-BNC
C'est la porte d'entrée la plus simple. Tu t'installes en quelques clics, sans capital de départ et sans formalités lourdes. C'est l'équivalent du démarrage sur les marchés : léger, rapide, sans friction inutile. Ce régime est encadré par le Code général des impôts, notamment son article 293 B concernant la franchise en base de TVA.
- La simplicité administrative : La comptabilité se résume à un livre des recettes, un simple carnet où tu notes tes encaissements. Pas de bilan comptable complexe à produire.
- L'abattement forfaitaire : L'administration fiscale applique automatiquement un abattement de 34 % sur ton chiffre d'affaires pour estimer tes frais professionnels. Image simple : tu ne détailles pas chaque ticket de caisse, on te fait une remise forfaitaire sur la facture. Sur 100 € encaissés, seuls 66 € sont imposés.
- Le seuil de chiffre d'affaires : Ce statut impose une limite de revenus annuels. Pour les BNC, le plafond du régime micro est fixé à 77 700 € de chiffre d'affaires. Au-delà, tu bascules vers un régime supérieur. C'est comme un compteur kilométrique : une fois le plafond atteint, il faut changer de formule.
- Des charges proportionnelles : Tu règles tes cotisations sociales auprès de l'URSSAF en pourcentage de tes encaissements réels. C'est un abonnement modulable : si tu ne touches rien un mois, tu ne paies rien.
Mon avis assumé : ce régime est le bon point de départ dans 9 cas sur 10. Créer une société trop tôt, c'est payer des frais de comptable, des formalités et une complexité pour un revenu qui ne les justifie pas encore. La discipline, c'est aussi de ne pas se précipiter sur une structure par simple confort psychologique.
Option 2 : Passer en société à l'Impôt sur les Sociétés (EURL ou SASU)
Quand tes performances s'installent dans la durée et que les montants montent en puissance, la société à l'Impôt sur les Sociétés (IS, l'impôt prélevé directement sur les bénéfices de l'entreprise) devient une option pertinente. C'est un peu comme passer d'un compte courant à un compte professionnel dédié : tu sépares clairement ton patrimoine personnel de ton outil de travail.
- Le taux réduit d'IS : Pour les petites structures remplissant les conditions PME, le taux est de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. Sur 100 € de bénéfice dans la première tranche, il te reste 85 € avant décision de distribution.
- L'arbitrage entre rémunération et dividendes : Tu choisis de te verser une rémunération mensuelle ou de distribuer des dividendes (une part des bénéfices de la société). Les dividendes sont soumis au PFU à 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux). En EURL avec gérant majoritaire affilié au régime TNS, la part de dividendes supérieure à 10 % du capital social supporte en plus des cotisations sociales. Cette souplesse permet de piloter tes revenus d'une année sur l'autre.
- La protection du patrimoine : Tes biens personnels sont protégés des aléas de l'activité. En cas de difficulté, ta responsabilité financière est en principe limitée au montant des apports que tu as réalisés dans la société. Ton patrimoine privé reste hors de portée.
- La déduction des frais : Les dépenses liées à ton activité (abonnements, logiciels, équipement) sont déductibles du résultat de la société, ce qui réduit la base imposable. C'est un levier réel, mais il ne justifie pas à lui seul de créer une structure.
- L'option holding : Si tu envisages de réinvestir tes bénéfices plutôt que de les consommer, une holding peut remonter les dividendes d'une filiale avec un régime mère-fille : les sommes remontées sont exonérées à environ 95 % (une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable). C'est un outil de capitalisation, pas un raccourci fiscal.
💡 Cas concret
Tu es trader en prop firm et tu encaisses 60 000 € de rétrocessions de profits sur l'année. Ordres de grandeur, à vérifier avec un professionnel :
- En micro-BNC : abattement de 34 %, soit une base imposable d'environ 39 600 €. Sur cette base s'ajoutent les cotisations sociales de travailleur indépendant et l'impôt sur le revenu selon ton barème. Sur 100 € encaissés, il te reste typiquement de l'ordre de 55 à 65 € après charges et impôt, selon ta situation.
- En EURL à l'IS : si tu te verses 40 000 € de rémunération et laisses 20 000 € dans la société, l'IS sur ces 20 000 € est de 15 % (conditions PME), soit 3 000 €. Le reste peut être réinvesti ou distribué plus tard, avec la fiscalité des dividendes (PFU 30 %, plus cotisations TNS sur la fraction excédant 10 % du capital en EURL).
La différence entre les deux scénarios tient rarement au seul taux d'imposition : elle tient à ton besoin de trésorerie personnelle, à ta volonté de capitaliser et à ta tolérance à la complexité. Aucun de ces chiffres ne constitue une recommandation : fais valider ta situation par un expert-comptable.
Les points de vigilance avant de te lancer
Quelle que soit l'option choisie, quelques réflexes s'imposent pour éviter les mauvaises surprises.
- La TVA et le seuil de franchise : Sous le régime de la franchise en base de TVA (article 293 B du CGI), tu ne factures pas la TVA à tes clients et tu ne la récupères pas sur tes achats. Ce régime a des limites : si ton chiffre d'affaires dépasse certains seuils, tu bascules dans le régime réel de TVA. L'article 294 du CGI précise les modalités d'application.
- La classification des revenus : Les sommes versées par une prop firm peuvent être requalifiées par l'administration fiscale. Conserve tous les justificatifs : contrats, relevés, évaluations réussies, historique de compte. Ces documents prouvent la réalité de ton activité et la nature des flux financiers.
- Le cumul avec un emploi salarié : Si tu exerces par ailleurs une activité salariée, tes revenus de prestation s'ajoutent à tes autres revenus. La progressivité de l'impôt sur le revenu joue alors à plein. Une simulation s'impose avant de te lancer.
- Le piège du statut « pour faire sérieux » : Créer une SASU pour impressionner une prop firm ou rassurer son entourage est une mauvaise raison. Les prop firms s'intéressent à tes résultats et à ta discipline, pas à ton Kbis.
- Le piège du calendrier fiscal : Les dates de clôture, les acomptes et les déclarations se préparent à l'avance. Un retard coûte plus cher qu'un mauvais choix de statut.
- L'accompagnement par un professionnel : Un expert-comptable ou un avocat fiscaliste spécialisé reste souvent le meilleur investissement de départ. Le coût est généralement déductible et évite les erreurs coûteuses.
Les autres enveloppes à connaître (et à ne pas confondre)
Beaucoup de traders mélangent les sujets. Clarifions, car ces enveloppes ne s'appliquent pas aux revenus de prop firm mais à ton patrimoine personnel :
- Le PEA : les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu après 5 ans de détention (hors prélèvements sociaux). Réservé à certains titres éligibles, il ne concerne pas les rétrocessions de prop firm.
- L'assurance-vie : fiscalité allégée après 8 ans, et en matière de transmission un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. Utile pour capitaliser, pas pour déclarer tes revenus de trading.
- La donation : abattement de 100 000 € par parent et par enfant, rechargeable tous les 15 ans. À connaître pour anticiper, pas pour optimiser ton année en cours.
Ces différences sont exactement le genre de détails qui font la différence entre un particulier bien organisé et un particulier qui découvre sa facture fiscale trop tard. Sur ce terrain, l'humilité et la rigueur valent mieux que l'assurance.
Pour t'aider à structurer ton activité et à garder le cap, plusieurs outils complètent utilement ta boîte à outils : le journal de trading intégré à l'espace membre du JARVIS Trading Institut te permet de suivre tes performances, de noter tes décisions et d'ajouter une courte réflexion psychologique après chaque opération, tandis que l'indicateur JARVIS METHOD sur TradingView, associé au calculateur de position et aux repères de séance et de bourses, t'aide à rester discipliné dans tes prises de décision. Le hub « Mon Trading » rassemble tes statistiques et ta progression, et le test d'orientation aide à choisir un point de départ adapté à ton niveau. Le volet coaching mindset, consacré à la discipline et à la gestion des émotions, et le module « Ma forme » sur l'hygiène de vie du trader, t'aident à aborder ces questions d'organisation avec lucidité. Les annuaires comparatifs des courtiers et des prop firms, avec leurs informations pratiques comme les délais de retrait, te permettent de choisir tes partenaires en connaissance de cause. Côté suivi de patrimoine, le journal d'investissement du JARVIS Trading Institut (rubrique « Investir ») couvre actions, ETF et crypto avec cours et rapport hebdomadaire, et l'assistant Telegram apporte un plan du jour, un brief marché matinal, une veille d'actualité et des rappels de coaching ciblé. Pour approfondir ces aspects pratiques et juridiques, la formation complète du JARVIS Trading Institut, organisée en parcours progressifs (avec bootcamps, mentorat et événements), t'apporte des repères concrets. Le blog quotidien, les « Lectures JARVIS », le glossaire et les fiches pays complètent utilement le tableau.
Ces éléments sont donnés à titre indicatif et ne remplacent pas une consultation auprès d'un professionnel du droit ou de la fiscalité.
Ce contenu a une vocation strictement pédagogique et informative. Les avis exprimés portent uniquement sur des méthodes, des pratiques et des principes d'organisation, jamais sur l'opportunité d'investir ou la direction d'un marché. Le trading sur les marchés financiers et l'exercice d'une activité de trading via des prop firms comportent un risque de perte en capital. Ces informations ne constituent en aucun cas un conseil en investissement ou une incitation à créer une structure juridique particulière.